En trois années, il a eu le temps de m'étonner et de me surprendre le « père Ogier », entre les années « Coupe
Peugeot » et cette saison en Junior, j'en ai vécu des « GF T » (Gros Frein Tard !) et autres D120++ passés à fond, des chronos de folie là où personne ne nous attendait...mais là
en Angleterre il a fait fort !
Ce rallye du Pays de Galles s'annonçait pour nous « calme et intéressant », il
a été palpitant et extraordinaire...
Des recos folles.
Le découpage du rallye était assez distendu puisque certaines spéciales (les trois de la première journée) se trouvaient à 150km au
Nord de Swansea (parc d'assistance). Après avoir donc passé une nuit sur place dans un hôtel « so british » (genre maison d'Harry Potter...), nous avons pris le départ des recos sous la
neige et sur des pistes de glace vive...ah ça, ça a été du sport : même à 20 à l'heure on était sur des oeufs (demandez à Seb et Daniel !).
Quelques gués, des spéciales très rapides dans les bois et au milieu des champs d'éoliennes, pas mal de dénivelé, notamment dans l'ES3
où nous nous sommes littéralement retrouvés face à un « mur », vous savez comme au ski...le coup d'oeil expert de Seb (moniteur de ski à ses heures) classa immédiatement l'endroit en
piste noire !
Bref, on n'avait pas en plus besoin de la grêle et des plaques de glace pour sentir que le RAC était une épreuve de bucheron...
La préparation.
Quelques nuits de recopiage de notes plus tard (...) nous avons mis à profit notre après-midi du jeudi pour s'entraîner au changement
de roue en conditions de course, revoir de quoi sont constitués les lots de bords de la C4wrc (outillage, pièces de secours etc...) et aussi se familiariser avec les différents processus édités
par les ingés' (refuelinge, gestion des pneus...).
La C4 est une voiture exceptionnelle, et ce n'est pas de la propagande commerciale, on ne se doute pas du niveau de technologie
qu'elle contient ! Et la petite brochure qui nous a été remise version « guide de bonne utilisationd'une C4 wrc » m'a servit de livre de
chevêt pendant quelques soirées !
En piste.
Le lendemain de la cérémonie d'ouverture (où Daniel Elena m'a prodigué les derniers conseils, et appris à jouer à Guitar Heroes...),
le rallye a pris son envol.
Dans la nuit noire du matin anglais nous avons parcouru les interminables 150km jusqu'à l'ES1.
Celle-ci fut annulée pour les deux tours en raison d'une glace persistante. On du malgré tout passer à travers cette spéciale en
liaison...léger frisson dans le dos à l'idée que l'organisateur aurait pu avoir l'idée de la maintenir en course : on avait oublié notre bobsleigh.
Pressions faites, bien calés au fond du baquet, Seb a enclenché la procédure de départ, la dernière lumière s'éteint en même temps que
le chrono s'élance...le premier de notre vie en wrc !
Et nous voilà à dévaler la pente de Sweet Lamb, pas de risques inutiles, pas (trop) de passages par les portières,...mais toujours ces
« GF T » dont Seb a le secret.
Dans ces conditions très glissantes, c'est un soulagement d'être à l'arrivée, et nous sommes curieux de savoir combien on va « en
prendre » par les ténors de la spécialité.
Et bien on en a eu pour notre argent, mais pas avec le scénario que nous avions imaginé : sous nos yeux, le tableau nous annonçait
sobrement que nous venions de réaliser notre premier temps scratch en wrc...l'halu' !
Il n'en fallait pas moins pour que les journalistes et spectateurs anglais adoptent dans la foulée un surnom pour M. Ogier :
« Little Seb »...!
Nous, dans l'auto, on se marre à l'idée de penser que jamais on aurait pu imaginer pouvoir dire à Seb et Daniel qu'on leur a mis 2''
au kil' ! Et on sourit à nouveau en pensant que ce sera sûrement la dernière !
Au cours de l'après-midi nous continuons à prendre beaucoup de plaisir dans la C4 wrc en signant des temps aux alentours de la 5ème
place, et la journée se finit avec une belle chaleur sur un freinage en 5 où la voiture ne reprend plus l'adhérence sur une palque de glace. Un petit monticule de gravier nous arrête in extremis,
et dans la maneuvre de dégagement nous endommageons notre 3ème vitesse.
Alors effectivement nous reculons un peu dans le classement général, mais peu importe, quelle journée de folie !
Le métier qui rentre.
Quelque soit l'auto, le niveau, le rallye...on se passerait bien tous de cette tirade, et pourtant...
Fin de l'ES9, au 29 ème kilomètre, quasiment sortis de cette enfer glacé, la voiture nous a échappé, et est allée se poser sur le toit
au milieu d'une sorte de marécage... Pourtant j'croyais dur comme fer que ça « allait passer » : quand je regarde la caméra embarquée je ne lâche pas l'affaire et je donne la note du
Droite suivant !
Les prochains rallyes seront heureusement beaucoup plus facile que celui-là : Irelande en pleine hiver avec ses routes bombées,
verglacées et sinueuses, Norvège au milieu des congères de neige de 2 mètres, Chypre avec ses spéciales ultra cassantes et la première journée de course sur asphalte...hum, définitivement,
l'expérience acquise lors de cette course en Angleterre dans des conditions climatiques exécrables nous servira tôt ou tard !
Photos: DPPI / rally-shots.com
Merci à Julien Ingrassia pour ses témoignages et sa gentillesse.