Nous avions quitté Julien Ingrassia à l' issue de ses mésaventures sud-américaines aux cotés de Sebastien Ogier. Notre globe trotter
montpellierain qui a un agenda aussi chargé qu' un ministre, nous revient dans un second récit de ses aventures en JWRC qui l' ont conduit en Jordanie et enfin en Europe où avec Seb ils ont d'abord
reconnu le Portugal, roulé en Sardaigne, de nouveau reconnu l' Acropolis rally avant de s'envoler cette semaine pour les recos du rallye de Pologne. L' été devrait ensuite s'annoncer un peu plus
calme pour les leaders du championnat.
News Jordanie/Sardaigne
C'est avec plaisir que je reprends clavier et souris pour écrire quelques lignes sur l'espace de Nord Rallyes Images.
La Jordanie nous a accueilli il y a déjà un mois, sous un soleil écrasant et dans un cadre désertique et escarpé. Drôle de destination je dois l'avouer, avec de
nombreuses interrogations : comment vont être les spéciales, le routier avec ses panneaux écrits en jordanien, la chaleur va-t-elle être supportable dans l'habitacle, et...c'est où la Jordanie
?!
Le rallye se situait au Nord/Est de la Mer Morte, notre hôtel avait une vue superbe sur cette étendue d'eau hyper salée, et le soir nous pouvions même voir de
l'autre côté de la rive (10km), jaillissant des montagnes, les lumières de Jérusalem...
Le parc fermé et le parc d'assistance, ont été construits de toutes pièces à proximité du complexe hôtelier, le tout prenant place au milieu de collines rocheuses
sans un brin de végétation. Et pourtant des légions de chèvres et de moutons sont élevées dans ses paysages lunaires. De grandes tentes en peaux sont montées ci et là, sans aucune rivière, au
milieu de nul part...je découvre la planète...
En guise de « H.Q » (Head quarter), un simple petit palais en marbre de 8000m2, avec une réception de folie en ouverture et en clôture du rallye : les Jordaniens
savent recevoir !
C'est dans ce cadre-là que cette 2e course en JWRC nous a apporté son lot de surprise...
Après des recos éprouvantes (47°c à l'ombre) où l'on a pu faire connaissance avec les fréquents check-point de l'armée (pour info, les contrôles routiers là-bas se réalisent en Hummer armés de
lance-missiles...), et où les spéciales nous ont livré leurs secrets (très rapides, terre dur comme du goudron, rochers saillants dès que l'on sort de la piste, et beaucoup de virages en « ciel
»), le départ du rallye a été donné.
Un rallye qui allait crescendo en termes de difficulté, avec par exemple le dimanche, une spéciale de 42km à parcourir deux fois le long de la vallée du
Jourdain...ambiance.
Le scénario a été différent de celui du Mexique, puisque dès la première matinée, des soucis de pompe à essence nous ont touché, et malheureusement, lors du
changement de celle-ci à l'assistance de midi, les choses ont pris un peu plus de temps que prévu, et c'est avec 14 minutes de retard que nous sommes sortis de la tente de PH Sport...à une minute
de la mise hors course !
Voulant revenir dans le match, on est passé à la vitesse supérieure, malheureusement une crevaison sur laquelle nous avons du intervenir en spéciale (depuis le temps
qu'on s'entraînait à faire des changements de roue, ça devait bien nous arriver un jour ou l'autre !) nous a ôté tout espoir de recoller en tête à la fin de la première journée.
Le lendemain la stratégie était claire : rouler vite, et surtout « zero » erreur : la roue tourne, le rallye est éprouvant et long, et en junior tout est possible...le lendemain nous étions 2ème
à 1'40s de Sandell !
Et ce dernier s'est mis une drôle de pression au départ du dimanche, puisqu'à la régulière il était très difficile de le rattraper, et malgré tout dès la première spéciale nous le retrouvions la
roue avant droite arrachée...la 1ère victoire
En ce qui concerne mon expérience dans le baquet de droite, j'avais hâte d'en découdre avec le sol Jordanien : après mon erreur du Mexique j'avais besoin de montrer
que j'étais là et que l'on pouvait faire des perf' sans faire d'erreur.
Côté « note » le rythme était assez élevé, et quant aux temps de liaisons sur le routier, ils ne faisaient pas rire, et c'est avec satisfaction que j'ai accompli mon job dans ces conditions
difficiles.
Quelques semaines après la Sardaigne signifiait pour nous le retour en Europe, et la fin des manches Terre en ce qui nous concerne (nous n'avons pas nominé la Finlande pour marquer des
points).
« Le rallye est très cassant, c'est obligé de crever »...c'était un peu les idées que l'on nous avait transmis en préparation de cette épreuve.
C'était à moitié vrai.
Sous une pluie soutenue, nous avons reconnu des spéciales très sinueuses et sableuses, donc pas cassantes ni dangereuses en soit, mais avec par contre une pierre cachée à chaque corde...d'où le
risque élevé de crevaison.
Pluie et brouillard au menu des recos en Sardaigne...
Quelques beaux jumps, des passages boueux en descente à 25%, quelques kilomètres « par-ci par-là » à bloc de 6 au milieu des arbres...il va y avoir du sport !
Les vendredis se suivent et se ressemblent (un peu) pourrait-on dire : nous parcourons la matinée avec un souci technique de taille - nous n'avons pas d'autobloquant
!
L'assistance fait son taff à midi en remplaçant celui-ci et nous repartons tout comme en Jordanie dans l'optique de recoller au peloton...
« ...et D140, 40m Frein G90 Pas Corde... » Dans ce fameux Gauche, Al Quassimi sorti de sa voiture en faisant des gestes de bras pour se serrer à gauche, petite erreur de déconcentration, quelques
centimètres trop à gauche, Seb ne percute pas la note...et c'est la roue avant gauche qui explose, la biellette de direction se tord.
Nous décidons de ne pas nous arrêter changer la roue, mais la biellette ne tient pas, et dans une compression sa rupture entraîne celle du cardan.
Je revois ma table de 5 : 5x3=15 minutes de pénalité (3 spéciales non courues). Et c'est en super rallye que nous repartons le samedi matin...la remontée du Jordanie
va être un peu plus difficile à envisager !
Objectif : terminer 7ème pour marquer 2 points, car pendant ce temps-là « devant » ça bagarre sévère. Kosciusko et Prokop sont à la seconde, et dans l'hypothèse où le Tchèque gagne, nous nous
devons de marquer autant de point que lui au Mexique, histoire de ne pas avoir de handicap.
Le lendemain nous avons carte blanche pour rouler et remonter au mieux...on ne se fait pas prier, et je goûte aux joies des gros jump dans le baquet de droite : les
bras se lèvent, le cœur aussi...Ciel, forêt, flashs...et avant d'atterrir envoyer les notes suivantes...c'est énorme !
Le lot de mésaventure touche aussi nos concurrents et nous terminons à la 5ème place le dimanche soir à Porto-Cervo (petit Saint-Tropez local).
Malgré tout c'est un week-end très positif que nous avons réalisé : rencontrer des situations particulières (l'épisode d'Al Quassimi), découvrir un terrain très atypiques, peaufiner les réglages
de l'auto...et 4 points qui nous maintiennent en tête du championnat.
Vous le savez, nous essayons Seb et moi de faire un maximum de reconnaissances de manches du mondial, à notre initiative et à nos frais, et après l'Argentine et le
Portugal (IRC), nous avons fait celles de l'Acropole...où les conditions (cf photo) étaient vraiment difficiles...
(Grosse chaleur et pistes particulièrement cassantes pendant les recos de l' Acropole... et aprés l' effort; le
réconfort !)
Ceci dit nous nous appliquons à capitaliser sur l'avenir, et en ce qui nous concerne « nous » les coéquipiers, vous comprenez bien que mettre les pieds dans des
villes comme Athènes ou Buenos-Aires, et se rendre compte des spécificités des différents terrains rencontrés...ça rassure !
Nous décollons lundi pour le Polski Rally (Rallye national de Pologne, en WRC l'an prochain)...quelqu'un sait comment on dit « bonjour » en polonais ?
A bientôt !
Bien sur, je réitère mes remerciements à Julien, nous sommes trés nombreux à
suivre son parcours associé à celui de Seb par le biais de ce blog. Nul doute qu' à son retour de Pologne, Julien reviendra plus en détail sur ses voyages helléniques et polonais. Et puis je ne
suis pas trop inquiet... Pendant son prochain voyage; la route de Julien croisera celle de Bryan Bouffier et Xav' . Ces deux là lui prodigueront surement quelques rudiments de la langue locale
... Bon vent !